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Enquêtes ouvertes sur l’utilisation du logiciel espion Pegasus par le Mexique, mais pas sur l’actuel gouvernement malgré les accusations

Le Mexique était un gros client du logiciel espion Pegasus et deux enquêtes sont ouvertes pour son utilisation par le gouvernement précédent. Mais il n’y a pas d’enquête contre l’administration actuelle, malgré de récents rapports indiquant que Pegasus est toujours utilisé.

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Illustration © Kevin Ku

Le bureau du procureur général du Mexique indique que deux enquêtes sont ouvertes relatives à l’achat et à l’utilisation du logiciel espion Pegasus sous le gouvernement précédent.

La première enquête porte sur l’achat du logiciel israélien pour un montant de 457 millions de pesos (23 millions d’euros), par le bureau du procureur général lui-même, sans justification ce qui constituerait une utilisation irrégulière de fonds publics et une violation des procédures de marchés publics et d’appels d’offres.

L’enquête a révélé “l’existence d’un concours de délits consistant en un détournement de fonds, une fraude et une association de malfaiteurs”, selon la note d’information publiée par le procureur général le 16 octobre. L’achat aurait été effectué pendant le mandat présidentiel de Peña Nieto entre 2012 et 2018.

L’un des auteurs présumés des délits est Tomás Zerón, l’ancien chef de l’agence d’investigation criminelle qui faisait partie du bureau du procureur général. Tomás Zerón vit aujourd’hui en Israël. Le Mexique a demandé son extradition car il est également accusé d’avoir falsifié des preuves lors de l’enlèvement de 43 étudiants à Ayotzinapa en 2014.

Une enquête est également ouverte pour espionnage de communications personnelles de journalistes et de militants des droits de l’homme. Cela a conduit à l’arrestation et à la détention préventive d’un homme d’affaires, Juan Carlos García Rivera, depuis novembre 2021 pour avoir contribué à la vente du logiciel du groupe NSO au Mexique.

D’autres responsables sont impliqués mais les noms n’ont pas été communiqués et n’ont pas encore été arrêtés. Le Mexique est connu pour être un pays défaillant en matière d’inculpation lorsqu’il s’agit d’assassinats de journalistes et de militants des droits de l’homme.

Le bureau du procureur a été l’une des premières entités au Mexique à acheter le logiciel espion israélien. Les premières révélations sur l’utilisation généralisée de Pegasus au Mexique avaient été publiées en 2017 par Citizen Lab, une équipe de recherche de l’Université de Toronto.

L’actuel président Andrés Manuel López Obrador et certains membres de sa famille faisaient partie des milliers de cibles. Élu en 2019, AMLO a assuré à plusieurs reprises que son gouvernement n’utilise pas Pegasus et n’espionne personne.

Mais début octobre, plusieurs médias ont accusé l’administration actuelle de traquer des journalistes et des militants des droits de l’homme avec Pegasus.

L’organisation mexicaine de défense des droits numériques R3D (Red en los Defensa de los Derechos Digitales) a identifié des infections par Pegasus contre deux journalistes et un défenseur des droits humains qui se sont déroulées entre 2019 et 2021, après les premières révélations d’abus de Pegasus au Mexique et l’élection d’AMLO. Le Citizen Lab a apporté un soutien technique à l’analyse de R3D et a validé l’existence des infections.

Les téléphones portables visés par Pegasus appartenaient au journaliste Ricardo Raphael, qui avait accusé Tomas Zerón de cacher des preuves sur le sort des 43 étudiants, à un journaliste d’Animal Político et à Raymundo Ramos Vázquez, responsable du Comité des droits de l’homme de Nuevo Laredo dans l’État de Tamaulipas.

R3D, ainsi que les médias Proceso, Animal Político et Aristegui Noticias rapportent également que le Secrétariat de la défense nationale, premier client de NSO Group dans le monde, était derrière ces attaques. Mais le gouvernement a rejeté ces allégations.

La communication du bureau du procureur général intervient deux jours après qu’AMLO fut interrogé lors d’une conférence de presse vendredi sur l’avancement des enquêtes et les récentes accusations d’espionnage. Il a répondu qu’il “n’avait pas beaucoup d’informations” et que la meilleure chose à faire était de s’adresser au bureau du procureur. Il est resté évasif et a mentionné que “l’espionnage des opposants et des journalistes était une pratique courante sous les gouvernements précédents.”

Raymundo Ramos a réagi à la réponse d’AMLO et a déclaré à la radio MVS Noticias que “seul un aveugle ne pourrait pas voir les preuves qui ont été présentées publiquement.”

Et entre les lignes de la note du bureau du procureur peut-on lire qu’aucune enquête n’a été ouverte à l’encontre de l’administration actuelle pour la pratique illégale du logiciel Pegasus, jusqu’à présent.

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