Politique

Des membres des Brigades rouges italiennes extradés de France des dizaines d’année plus tard

Lors d’une opération coordonnée avec l’Italie, la France a arrêté 7 personnes considérées comme des terroristes pendant les années de plomb, des dizaines d’années après leur condamnation.

5 ex-membres des Brigate Rosse

Sept Italiens ont été arrêtés en France le 28 avril à la demande de l’Italie pour y être extradés.

Sur Facebook, Luigi di Maio, le ministre italien des Affaires étrangères, a salué le succès de l’opération baptisée Red shadow contre “des personnes qui ont été condamnées pour des actes terroristes liés à des crimes de sang en Italie entre les années 70 et 80“.

Selon l’agence de presse italienne ANSA, cinq d’entre eux étaient des membres des Brigades rouges. Giorgio Pietrostefani, fondateur de Lotta Continua, une autre organisation d’extrême gauche extra-parlementaire, et Narciso Marendi de “Proletari Armati per il Comunismo” ont également été arrêtés. Quatre des sept personnes ont été condamnées à la prison à vie par la justice italienne. Trois personnes sont toujours en cavale.

Aldo Moro, ancien Premier ministre italien, fut enlevé et tué par les Brigades rouges en 1978
Aldo Moro, ancien Premier ministre italien, fut enlevé et tué par les Brigades rouges en 1978

La doctrine Mitterrand

Les Brigades rouges étaient une organisation italienne d’extrême gauche active dans les années 70 et 80 pendant les années de plomb, une période trouble marquée par la violence de l’extrémisme politique en Italie. L’Italie les considérait comme des terroristes et beaucoup avaient fui en France où ils pouvaient vivre presque librement.

En 1985, le président français socialiste François Mitterrand a accepté les militants politiques italiens en suivant une ligne de conduite qui porte désormais son nom : la doctrine Mitterrand. La France ne voulait pas extrader d’anciens membres d’organisations politiques, telles que ceux des Brigate Rosse, si ils avaient coupé tout lien avec la violence, et à condition qu’ils n’aient pas commis pas de crimes de sang.

Narciso Marendi vivait à Châlette-sur-Loing, une petite ville de 10 000 habitants dans le centre de la France. Marié et père de 3 enfants, il travaillait à son compte en tant que jardinier et homme à tout faire pour les personnes âgées, dépendantes ou handicapées. En 1986, il avait été condamné à la prison à perpétuité pour avoir dirigé un commando qui a tué un policier en 1979 à Bergame. La France avait refusé son extradition en 1987. En 2019, dans une interview au Corriere della Sera, il avait clamé son innocence et accusait le mauvais système judiciaire italien au moment de la décision. Il estimait que 40 ans plus tard, il était temps de passer à autre chose – ce qu’il a fait – et de prévoir une amnistie générale. Il considérait également que la justice française était très différente de la justice bolivienne ou brésilienne, faisant référence à ce qui est arrivé à un autre membre du Proletari Armati per il Comunismo, Cesare Battisti.

Narciso Manenti à Paris. Il a fui l'Italie en 1983 et a été arrêté en 2021 en France
Narciso Manenti à Paris. Il a fui l’Italie en 1983 et a été arrêté en 2021 en France | Corriere della Sera

7 arrestations sur une liste de 200 personnes

Cesare Battisti est l’une des personnes les plus célèbres a avoir bénéficié de la doctrine Mitterrand.

Après un court séjour en France et plusieurs années au Mexique, Cesare Battisti est retourné en France en 1990. Malgré sa condamnation par contumace pour meurtre par la justice italienne, il a vécu en France jusqu’en 2004. Il occupait un emploi de gardien d’immeuble et a également écrit plusieurs livres de fiction. La France a accepté la demande d’extradition en 2004 mais Cesare Battisti a fui au Brésil avant d’être arrêté en Bolivie en 2015. Il a finalement avoué avoir tué trois personnes et a déclaré avoir trompé certains intellectuels français qui le soutenaient en tant que “combattant de la liberté” ou qui croyaient qu’il était innocent. Il purge actuellement sa peine de prison à vie.

Eric Dupond-Moretti, ministre français de la Justice et avocat pénaliste, s’est dit “fier d’avoir apporté son soutien” et n’a “aucun remords” à l’égard de l’opération qui a conduit à l’arrestation de sept Italiens. Fils d’une mère italienne, il a rappelé que la France suivait la doctrine Mitterrand et qu’elle continuerait à évaluer les décisions au cas par cas.

L’Italie a envoyé à la France une liste de 200 personnes à extrader.

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