Société

Le Qatar abandonne les poursuites contre une mexicaine qui n’était pas mariée

Une mexicaine qui travaillait pour le comité d’organisation de la Coupe du monde de la FIFA avait été condamnée à 7 ans de prison et à 100 coups de fouet alors qu’elle avait été victime d’une agression. Le Mexique lui a conseillé d’épouser l’agresseur pour éviter d’être punie pour une liaison hors mariage.

Paola Schietekat au Sénat mexicain, réclamant de meilleurs protocoles de protection de la part des autorités mexicaines à l'étranger
Paola Schietekat au Sénat mexicain, réclamant de meilleurs protocoles de protection de la part des autorités mexicaines à l’étranger | 24 mars 2022

Le 6 juin 2021, une Mexicaine a été agressée au Qatar par un collègue de travail qu’elle considérait comme un ami.

L’homme est entré dans son appartement pendant qu’elle dormait. Sa porte n’était pas vérouillée, une pratique habituelle à Doha, l’un des endroits les plus sûrs au monde, selon le récit de Paola Schietekat.

Après s’être réfugiée dans une chambre d’hôtel au cas où son agresseur déciderait de revenir, Paola Schietekat a ensuite porté plainte contre ce Colombien pour violation de domicile et agression le lendemain. Elle était accompagnée du consul du Mexique au Qatar au poste de police.

Cependant, l’agresseur a prétendu à la police qu’ils entretenaient une relation amoureuse, ce qui a ouvert des poursuites contre Paola Schietekat. Être impliqué dans une relation sans être marié est en effet illégal au Qatar.

Tout à coup, ma plainte n’avait plus d’importance. Tout s’est centré sur la relation hors mariage, alors que sous mon abaya, la robe que l’on m’avait conseillé de porter pour ressembler à une ‘femme de bonnes mœurs’, j’avais encore des ecchymoses violettes, presque noires“, dues à l’agression.

Fin juin, Paola fut autorisée à rentrer au Mexique, mais l’enquête était toujours en cours au Qatar.

La femme, qui avait vécu plusieurs années au Moyen-Orient, est venue au Qatar en février 2020 pour travailler à l’organisation de la Coupe du monde de football de 2022 dans le pays. Le “job de ses rêves” pour cette spécialiste en sciences comportementales et fan de football. Le Supreme Committee for Delivery & Legacy, l’entité responsable des opérations de la Coupe du monde, l’a aidée à quitter le pays.

En décembre, le bureau du procureur du Qatar l’a déclarée coupable des charges retenues contre elles sur la base des informations contenues dans son téléphone. Les autorités le lui avaient pris, débloqué, si elle ne voulait pas aller en prison pendant l’enquête.

L’agresseur a été acquitté des accusations d’agression “parce que les caméras ne pointaient pas directement vers la porte et qu’il n’y avait aucun moyen de vérifier que l’agression a réellement eu lieu“, malgré le rapport médical, selon Paola Schietekat. Elle fut malgré tout condamnée à sept ans de prison et à 100 coups de fouet pour la relation hors mariage.

Une alternative pour éviter la sentence était de se marier avec son agresseur, comme conseillé par les aides légales que le Mexique lui avaient fournies. Paola Schietekat critique également les actions et le manque de soutien qu’elle a pus recevoir de la part des représentants de son pays.

Alors que des milliers de femmes se rendront au Qatar en novembre-décembre pour la Coupe du monde, elle a exhorté le Sénat mexicain le mois dernier à réévaluer les protocoles afin d’éviter de telles situations. “Nous devons réévaluer et revoir les protocoles et, si nécessaire, en élaborer de nouveaux, car nous ne pouvons plus accepter qu’une femme soit conseillée par sa propre ambassade d’épouser son agresseur.

Les deux coaccusés ont accepté en février de présenter un certificat de mariage afin qu’ils puissent tous les deux éviter l’exécution des peines, selon une note du ministère des Affaires étrangères du Mexique en février.

Un juge qatari a finalement décidé de mettre fin à la procédure pénale le 3 avril. Les détails des arguments de la défense, et si le certificat de mariage a effectivement été présenté, n’ont pas été donnés.

De son côté, le ministère mexicain des Affaires étrangères a déclaré qu’il “travaille sur une stratégie de protection préventive” étant donné les “différences culturelles et juridiques” entre les deux pays avant la Coupe du monde.

En 2016, une Néerlandaise avait accusé un étranger de l’avoir droguée et violée. Il affirmait que la relation était consensuelle. Elle fut condamnée à un an de prison avec sursis et à une amende de 732 euros avant de pouvoir quitter le pays. L’homme a été condamné à 100 coups de fouet pour la relation extraconjugale et à 40 coups de fouet pour consommation d’alcool.

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