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Pourquoi la capitale du Ghana interdit le bruit pendant un mois

Accra, la capitale du Ghana, a interdit de jouer de la musique et de faire du bruit pendant un mois afin de respecter les traditions de la communauté ethnique Ga pendant la période de semis.

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La région d'Accra entame un mois de silence avec une interdiction de jouer de la musique et de faire du bruit du 9 mai au 9 juin 2022.

Le ministère des Affaires religieuses a annoncé le 5 mai les conditions de l'interdiction concernant "toute forme de bruit, y compris l'utilisation de haut-parleurs, de tambours, de tambourins, d'applaudissements et l'utilisation de toute sorte d'instruments". Le lendemain, l'Assemblée métropolitaine d'Accra a également fixé ces directives "dans l'intérêt de la paix, de l'harmonie et de la sécurité nationale", selon son communiqué.

Pendant cette période, les églises doivent s'abstenir d'utiliser des instruments de musique et doivent mener leurs activités dans leurs enceintes. Les haut-parleurs à l'extérieur des églises, des mosquées et des pubs sont interdits, et les évangélistes sur les bords de route doivent cesser leurs activités pendant ce mois.

Les autorités religieuses et coutumières "doivent faire preuve de respect les unes envers les autres et empêcher leurs fidèles de faire des remarques désobligeantes et incendiaires sur les croyances et les pratiques des uns et des autres", ajoute le communiqué.

De telles directives sont désormais imposées chaque année à la même période afin de respecter l'interdiction émise par le Conseil traditionnel Ga. Les restrictions s'appliquent dans l'ensemble du territoire Ga.

Les Gas sont une ethnie qui vit principalement dans le sud du pays et autour de la capitale, Accra, dont la région compte 5,4 millions d'habitants. Les Gas et les Adangbe font partie du même groupe ethnolinguistique et représentent 2,1 millions de personnes au Ghana, soit 7 % de la population totale du pays.

Interdire le bruit est une coutume ancienne pour les Gas car il nuirait à la germination des graines en éloignant les dieux. Chaque année, le conseil traditionnel Ga émet une interdiction de faire du bruit pendant cette période qui coïncide avec les semis avant la saison des pluies.

Il interdit également les rites funéraires pendant un mois, une partie importante de la culture Ga où ils fabriquent des cercueils originaux avant que le défunt ne passe à une autre vie.

Le responsable des relations publiques du Conseil traditionnel Ga, Nii Lartey Anum Tetteh, a déclaré que pendant cette période, "l'État Ga jeûnera et priera pour obtenir des pluies, une récolte abondante et de bonnes nouvelles". La période de germination fait partie du Homowo, une fête agricole qui "hue la faim", selon sa signification littérale et qui rappelle les famines ancestrales. Elle se termine par des célébrations au mois d'août, au cours desquelles les Gas défilent dans la rue avec de la musique, des chants et des danses traditionnelles.

Le Conseil traditionnel Ga a déclaré être parvenu à un accord avec les églises orthodoxes qui coopéreront pendant l'interdiction. Ces dernières années, l'interdiction a été respectée par les autres communautés. Mais il n'en a pas toujours été ainsi.

Cette période sans bruit impacte également les communautés religieuses qui sont devenues plus nombreuses dans le pays au cours des dernières décennies. Au Ghana, 32 % des habitants sont affiliés au christianisme pentecôtiste et charismatique, 17 % sont protestants, 10 % sont catholiques et 20 % sont musulmans, selon le recensement du Ghana en 2021. Et la musique est un élément central des communautés pentecôtistes au Ghana, par exemple.

Il y a vingt ans, les communautés pentecôtistes et charismatiques avaient bravé l'interdiction de jouer de la musique, ce à quoi certains Gas ont répondu en attaquant des églises et en forçant le respect de leurs traditions. Pendant quelques années, des conflits ont éclaté entre les communautés, opposant les traditions culturelles Ga d'un côté et la liberté de religion de l'autre.

Avec les directives émises par les autorités du Ghana, l'interdiction fait partie des règles officielles à respecter. Mais elle permet également de s'assurer que personne d'autre que les autorités, la police ghanéenne ou certains représentants des conseils traditionnels Ga ne tente de faire respecter l'interdiction par eux-mêmes.

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