Économie

Coopération stratégique entre la Roumanie et les États-Unis dans la course au déploiement de réacteurs nucléaires

La Roumanie va acheter de petits réacteurs nucléaires modulaires aux États-Unis dans le cadre du premier accord commercial de ce type. Les États-Unis n’en ont jamais encore construit sur leur territoire. Mais la compétition pour le déploiement de la prochaine génération de centrales nucléaires est déjà lancée.

La centrale nucléaire de Cernavodă, en Roumanie
La centrale nucléaire de Cernavodă, en Roumanie. La seule installation nucléaire du pays, fournissant 20% de l’électricité avec deux réacteurs de 650 MW chacun | © Nucleare electrica

Alors que la COP26 réunit la plupart des dirigeants mondiaux pour lutter contre le changement climatique, le sommet est également une opportunité commerciale stratégique.

Le 2 novembre, le président de la Roumanie Klaus Iohannis a rencontré John Kerry, l’envoyé spécial du président américain pour le climat.

Et les États-Unis ont annoncé qu’ils s’associeraient à la Roumanie pour installer un petit réacteur modulaire (PRM), “possiblement deux ans avant n’importe où ailleurs dans le monde“, selon l’ambassade des États-Unis en Roumanie.

Les petits réacteurs modulaires sont considérés comme la prochaine génération de centrales nucléaires. Cinq à trente fois plus petits que les réacteurs nucléaires traditionnels, ils sont plus adaptables, peuvent être transportés prêts à être installés directement dans la centrale ce qui évite de les construire sur place.

Cet accord commercial sur un PRM, le “premier du genre“, comprendra une centrale à six modules livrée par la société américaine NuScale.

Selon le communiqué de la Maison Blanche, les États-Unis estiment avoir pris une “avance dans la course mondiale pour le déploiement des PRM“.

En effet, la course est lancée pour les mini-réacteurs nucléaires. Cependant, le PRM que la Roumanie a acheté aux États-Unis est encore à l’état de prototype.

La Russie a déployé un PRM flottant en 2019

En 2020, 72 réacteurs étaient en cours de construction ou en développement dans 18 pays, dont les États-Unis, la Russie, les pays de l’Union européenne, la Chine, l’Argentine, le Canada, le Royaume-Uni, le Japon…

La Russie était impliquée dans 17 projets de développement de la technologie PRM et les États-Unis dans 18, chacun plus que tout autre pays.

Il existe plusieurs types de mini-réacteurs nucléaires et avec des capacités de puissance différentes : refroidis à l’eau, refroidis au gaz, basés sur terre, flottant sur l’eau, à haute température, à spectre neutronique rapide, etc.

Et il y a deux ans, la Russie a déployé 2 mini-réacteurs flottants d’une capacité de 35 mégawatts chacun, soit la moitié de la capacité des futurs modules roumains. Installés sur un bateau, ils ont navigué pendant 4 semaines dans l’océan Arctique avant d’être raccordés au réseau à Pevek, dans l’Extrême-Orient russe.

L’Akademik Lomonosov est ainsi devenue la “première centrale PRM au monde à entrer en exploitation commerciale“, selon l’Agence internationale de l’énergie atomique.

La technologie PRM de NuScale, un réacteur à eau pressurisée refroidi par de l’eau légère (de l’eau ordinaire), a obtenu une accord de conception par la Commission de réglementation nucléaire américaine en 2020. Mais elle ne sera pas en mesure de livrer un module opérationnel avant 2028.

NuScale n’a pas encore construit ni testé son mini-réacteur aux États-Unis et la première centrale commerciale NuScale qui devrait être opérationnelle est prévue pour 2027 dans l’Idaho.

Les deux réacteurs russes opérationnels sont basés sur l’eau et non sur la terre ferme comme celui de NuScale. Cependant, la Russie développe également un projet de PRM terrestre dont la mise en service est prévue pour… 2027.

L’Argentine et la Chine sont également parmi les leaders du secteur avec leurs réacteurs PRM dont les mises en service sont prévues dans les prochaines années.

Un accord de plusieurs milliards de dollars et une opportunité régionale

Les détails de l’accord financier de plusieurs milliards de dollars entre les États-Unis et l’ancien membre du bloc de l’Est n’ont pas encore été dévoilés car une conférence de presse est prévue le 4 novembre.

Avec les PRM, la Roumanie serait également en mesure de convertir les centrales à charbon dans la technologie nucléaire. Elle prévoit d’économiser environ 100 millions de dollars lors du recyclage d’une centrale au lieu d’en construire une nouvelle.

La Roumanie compte actuellement sept centrales à charbon en activité. Elle dispose d’une centrale nucléaire avec deux réacteurs d’une capacité de 650 MW chacun, qui produisent environ 20 % de l’électricité du pays.

Le pays espère également devenir un pôle de connaissance et de formation aux réacteurs PRM en Europe.

L’énergie nucléaire réduit l’empreinte carbone d’un pays, bien que les déchets nucléaires n’en font pas une énergie verte à ce jour, et que la sécurité de ces multiples petits réacteurs nucléaires est encore sujette à débat.

L’accord est initialement censé créer 3 700 emplois entre les États-Unis et la Roumanie.

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Source
U.S.-Romania Cooperation on Small Modular Reactors (Fact Sheet), Ambassade des États-Unis en Roumanie, novembre 2021, accès libreNuclear Power for the Future: New IAEA Publication Highlights Status of SMR Development, AIEA, octobre 2020, accès libre

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