Sciences et santé

Une confiance dans ses dirigeants, facteur clé de la Norvège dans la gestion de la pandémie de COVID-19

Une confiance les uns envers les autres et dans ses dirigeants est un facteur primordial dans la réussite de la gestion de la pandémie de COVID-19 en Norvège, selon la Commission coronavirus. Malgré tout, les autorités n’ont pas tout fait correctement.

fjord Norvège
© Robert Bye

La Commission Coronavirus en Norvège a publié le 26 avril la deuxième partie de son enquête de deux ans sur la gestion de la pandémie de COVID-19 par les digireants du pays.

Cette commission indépendante a globalement salué le fait que “la population du pays et les autorités ont bien géré la pandémie”. Elle note par ailleurs que “de nombreuses personnes sont allées bien au-delà de ce qui leur était demandé pour maîtriser la pandémie”, malgré l’un des “systèmes pour limiter la propagation des infections les moins restrictifs” d’Europe.

Et l’une des premières raisons de ce succès est une grande confiance accordée les uns aux autres et aux dirigeants, souligne la commission : “Cette confiance fut un facteur important dans l’acceptation de la population des restrictions ainsi que dans le taux élevé de vaccination”. En outre, la confiance de la population envers les autorités ne s’est pas altérée pendant la crise.

L’Union européenne a également contribué à l’obtention de vaccins, note la Commission, qui compare la stratégie d’approvisionnement de la Norvège à celle d’autres pays comme le Royaume-Uni, la Suisse, Israël et le Canada. Bien que la Norvège ne fasse pas partie de l’UE, elle a décidé d’adhérer à son système d’achat groupé après avoir un temps entamé seule des négociations avec les laboratoires pharmaceutiques.

La Norvège est perçue comme l’un des pays ayant le mieux géré la pandémie. Elle a été l’un des premiers pays à supprimer presque toutes les restrictions sanitaires en février. Ce pays de 5,4 millions d’habitants n’a enregistré que 2 900 décès liés au COVID-19 depuis février 2020, selon les données officielles de l’Institut norvégien de santé publique. Le pays a cumulé 1 400 000 millions d’infections déclarées au COVID-19 au 26 avril 2022.

Cependant, la commission a tout de même pointé certaines faiblesses dans la politique norvégienne avant l’apparition d’Omicron.

Une priorisation tardive de la vaccination selon la commission

La commission a publié un premier rapport en avril 2021 et fut chargée de poursuivre l’examen des mesures prises par le pays.

Mais la commission n’a examiné que les actions menées jusqu’au 31 octobre, ce qui correspond globalement au gouvernement d’Erna Solberg qui, en octobre, a quitté son poste de Premier ministre qu’elle occupait depuis 8 ans puisque la coalition fut mise en minorité lors des élections législatives. Ainsi, l’étude n’inclut pas la gestion de la pandémie pendant la vague Omicron : 854 personnes ont été admises en soins intensifs à partir de novembre, soit 44 % de toutes les admissions liées au COVID-19 en Norvège à ce jour.

Comme cela ne faisait pas partie de son champ d’action, la commission n’a pas non plus examiné la quarantaine imposée aux voyageurs revenant de l’étranger dans des hôtels à leurs propres frais, ce qui fut fortement critiqué en Norvège, pour voir si cela enfreignait les lois du pays.

Comme dans de nombreux autres pays développés, les hôpitaux n’étaient pas prêts à faire face à l’afflux massif de patients en soins intensifs, et les stocks de tests et de médicaments étaient insuffisants. Par ailleurs, la commission estime aussi que les autorités n’étaient pas bien préparées à gérer la pandémie de COVID-19 lorsqu’elle est arrivée en Norvège, car aucun plan d’urgence n’avait été élaboré pour une pandémie aussi longue dans le pays, et qu’aucun exercice de mise en situation n’avait été effectué depuis longtemps.

Pour la commission, “les plans préexistants et les expériences précédentes ne permettent jamais d’anticiper totalement le déroulement d’une nouvelle crise. Mais la capacité à gérer efficacement une crise repose essentiellement sur la préparation : plans, formation, exercices, expérience et état d’esprit.”

La Norvège, où 74% de la population a un parcous vaccinal complet, aurait également pu mieux faire en priorisant plus tôt la vaccination dans les zones avec des taux d’infection élevés, note le rapport. La région d’Oslo, par exemple, présentait un nombre d’infections élevé et a manqué de doses de vaccin à un moment.

La hiérarchisation des priorités est également l’une des raisons pour lesquelles la commission estime que la Norvège n’a pas suffisamment protégé les enfants et les jeunes des conséquences des mesures de lutte contre la pandémie, soulignant que le pays aurait dû prioriser la vaccination aux enseignants et aux professionnels de la petite enfance plus rapidement.

Le gouvernement norvégien a centralisé la plupart des décisions

Les autorités ont également sous-estimé la propagation du virus en Norvège par les voyages transfrontaliers. De plus, elles ont mis trop de temps à adapter des mesures pour la population immigrée, surreprésentée dans les statistiques d’infection par le COVID-19 et sous-représentée parmi les vaccinés, qui a souffert d’un manque d’informations et d’une stratégie de dépistage appropriée.

En Norvège, le gouvernement a centralisé la plupart des décisions autour de la gestion de la pandémie, même les mesures de moindre importance. La commission estime que trop de problèmes ont été portés à l’attention du gouvernement, qui en a analysé un trop grand nombre et a pris des décisions sous une “sous une contrainte de temps non nécessaire”.

En deux ans, les règles liées au coronavirus ont changé 358 fois, ce qui n’a pas facilité la tâche des autorités locales, des médecins et des forces de l’ordre, qui en prenaient connaissance en même temps que la population, pour mettre en œuvre les changements.

L’ancienne première ministre Erna Solberg a réagi au rapport sur Facebook en écrivant qu’elle était “heureuse que la commission continue de conclure que la gestion fut dans l’ensemble réussie et que les résultats en Norvège sont très bons par rapport aux autres pays européens”.

Elle a toutefois exprimé son désaccord avec les critiques de la commission sur la stratégie de déploiement de la vaccination, défendant le choix de privilégier les personnes à risque dans les zones avec peu de contaminations plutôt que des personnes en bonne santé dans les villes avec une forte propagation du virus. Elle a également estimé que déléguer les décisions ne se serait pas avéré plus efficace, et que c’était au contraire une raison de la bonne gestion de la pandémie.

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