Économie

Gains et pertes du télétravail, l'Irlande évalue ses effets potentiels

Les personnes qui opteraient pour le télétravail en Irlande après la pandémie pourraient économiser l'équivalent de 1 400 euros et près de 4 jours de leur vie dans les transports chaque année. Les entreprises peuvent en bénéficier selon le secteur d'activité. Cela pourrait coûter jusqu'à 200 millions d'euros par an aux Trésor public, car le télétravail peut entraîner une baisse de recettes fiscales.

télétravail

Le service économique et d'évaluation du gouvernement irlandais (IGEES) a publié le 18 mai une évaluation des impacts du télétravail en Irlande pour le département des entreprises, du commerce et de l'emploi.

En évaluant l'impact du travail à distance sur l'économie et la société irlandaises, le rapport donne des détails sur les potentiels gains et les pertes liés à une adoption pérenne de ce mode de vie.

De manière générale, les employeurs et employés s'attendent à ce que le télétravail améliore la productivité, même s'il peut la réduire dans certaines professions.

Une sondage mené par l'Office central des statistiques en novembre 2021 suggère que 88 % des personnes ayant un emploi et pouvant travailler à distance souhaiteraient continuer à le faire au moins une partie du temps après la pandémie de COVID-19. En avril 2021, seulement 2 % des personnes ayant des responsabilités managériales s'attendaient à ce que les employés soient physiquement présents au travail au moins 4 jours par semaine après la pandémie, selon l'université de Galway.

En choisissant de travailler à domicile, les personnes peuvent économiser en moyenne 1 407 euros par an grâce à des économies directes et indirectes, indique le rapport. Les augmentations des coûts de chauffage et d'électricité liées au télétravail à domicile seront vraisemblablement compensées par une réduction des frais de transports.

Le télétravail peut faire économiser près de 4 jours de sa vie par an à passer dans les transports

L'étude prévoit un surcoût de 79 euros en frais de chauffage dans les foyers chaque année, et de 30 euros pour les frais d'électricité par personne. En revanche, les travailleurs à distance peuvent réaliser une économie directe de 413 euros par an en réduisant les déplacements domicile-travail.

De plus, les Irlandais économiseraient en moyenne 93 heures par an - le temps de trajet pour se rendre au travail était de 28 minutes en 2016. Cela représente 3,9 jours par an qui  ne sont pas consacrés aux déplacements domicile-travail, soit 11,7 jours de travail à raison de 8 heures par jour. L'étude a calculé que ce temps est l'équivalent d'un gain financier de 1 103 euros, une économie indirecte qui constitue la majeure partie des 1 407 euros de bénéfice sur lesquels le gouvernement irlandais a communiqué.

En termes d'empreinte carbone, il est estimé que le télétravail permettra d'économiser 164 407 tonnes d'équivalent CO2 par an, soit une économie équivalente à 7,6 millions d'euros sur la base d'un prix du carbone de 46 euros la tonne.

Les transports sont la première source d'émissions de gaz à effet de serre en Irlande, et 74 % d'entre elles proviennent des déplacements des voitures de particuliers. On suppose toutefois que les travailleurs à distance n'effectueraient pas de déplacements plus fréquents, bien que plus courts, pendant la journée. De manière générale, le télétravail pourrait réduire les émissions totales de CO2 de l'Irlande de 0,25 %.

Ces estimations sont basées sur un scénario dans lequel 400 000 personnes travaillent à domicile 8 heures par jour pendant 100 jours par an, soit environ 2 jours par semaine. Le nombre de télétravailleurs dans le pays après la pandémie pourrait augmenter de 90 % par rapport aux niveaux d'avant la pandémie. Avant ke COVID-19, 210 000 personnes travaillaient à distance, soit 13 % des employés d'Irlande. Pendant les confinements d'octobre 2020 et de décembre 2020, pas moins de 670 000 personnes travaillaient de chez elles.

Le télétravail peut faire des économies aux entreprises, selon le secteur d'activité. Coûts élevés mais incertains pour le Trésor public

Pour les employeurs, le télétravail peut permettre de réaliser d'importantes économies sur la location de bureaux en évitant les centres d'affaires et les bureaux de centre-ville plus coûteux. D'après des études précédentes de l'IGEES, une entreprise peut économiser 1 492 euros par employé et par an, sans compter des avantages financiers découlant d'une augmentation de la productivité ou d'une amélioration du bien-être des employés.

Cependant, l'un des points qui n'est pas encore clair est le coût pour le Trésor public. Le télétravail à l'État 200 millions d'euros par an. Comme les personnes dépensent moins et économisent de l'argent, le Trésor public subirait une diminution de son assiette fiscale, comme avec les droits d'accises et la TVA, car les employés achèteront moins de carburant pour se déplacer. La réduction des recettes de la TVA et des taxes sur le carburant pourrait représenter une perte de 111 millions d'euros, et les collectivités locales pourraient voir leur budget diminuer de 80 millions d'euros avec la baisse des impôts locaux payés par les entreprises.

Le rapport souligne toutefois que certains résultats ne sont pas anticipés. En effet, l'argent économisé pourrait se reporter vers d'autres dépenses, pour lesquelles l'État percevrait également des taxes. De même il peut y avoir des bénéfices sociétaux et financiers liés à la réduction du stress ou des accidents de la route par exemple.

L'adoption du travail à distance aurait de nombreuses conséquences, sur le marché de l'immobilier entre autres. En 2021, la demande de logements dans les régions rurales a dépassé celle des villes. Le gouvernement songe également à ce que les pubs dans les zones puissent être les prochains incubateurs de start-up. Le rapport souligne également qu'il ne s'agit pas d'une situation qui serait bénéfique pour tous.

L'hôtellerie, le tourisme, la restauration, le génie industriel ne sont pas des secteurs qui se prêtent au télétravail, contrairement aux secteurs du numérique, des médias et de la communication.

Les stations-service, les services de restauration et l'immobilier professionnel seraient les secteurs qui "souffriront le plus" selon le service économique et d'évaluation du gouvernement.

Meilleur accès au marché du travail pour les personnes handicapées ou s'occupant d'un proche

Avec une adoption plus généralisée du télétravail, les personnes avec un handicap ou s'occupant de proches devraient avoir de meilleures opportunités sur le marché du travail.

Cela réduirait des barrières d'accès au marché du travail comme celles du transport ou de l'inadaptation de bureaux pour des personnes handicapées. Toutefois, l'étude avertit que les entreprises ne doivent pas utiliser le télétravail comme un moyen d'éviter les dispositions requises sur le lieu de travail pour les personnes handicapées. En revanche, le travail à domicile ne peut être vu comme la seule solution à l'inclusion des personnes handicapées dans le monde professionnel.

Par exemple, les travailleurs handicapés occupent de manière disproportionnée des emplois manuels ou de services qui ne se prêtent pas bien au travail à distance. Selon le handicap, la distance peut également constituer un obstacle, comme pour les travailleurs souffrant de déficiences auditives. Par ailleurs, selon une étude américaine de 2020, les inégalités salariales liées à un handicap est légèrement plus important pour les travailleurs à distance que pour les autres, ce qui suggère qu'il faut faire plus pour réduire les écarts salariaux que de voir le télétravail comme la seule solution pour résoudre les problèmes dont font face les personnes handicapées dans le monde professionnel.

Le travail à domicile pourrait également accroître l'emploi féminin et l'indépendance financière. L'enquête du Bureau central des statistiques suggère que 75 % des personnes ayant des tâches à domicile et qui n'ont actuellement pas d'emploi envisageraient d'accepter un travail s'il pouvait être effectué à distance. En Irlande, entre le quatrième trimestre 2019 et 2021, il y a eu 96 200 femmes de moins dont le statut économique principal était "obligations familiales" ('home duties'). Et le pays a connu des niveaux records d'emploi féminin au cours de cette période.

Cependant, le rapport reste prudent pour savoir si le travail à domicile serait davantage adopté par les femmes que par les hommes, et si cela pourrait avoir des conséquences sur la visibilité, les promotions, les possibilités d'augmentation de salaire et les écarts de rémunération homme-femme.

Le gouvernement irlandais travaille à l'élaboration d'un projet de loi pour établir un cadre juridique au travail à distance. Il prévoit également d'accroître l'accès au haut débit dans les zones rurales.

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