Société

Plus de 15 % de la population au Brésil souffre de la faim en 2022

Plus de 33 millions de personnes au Brésil souffrent de la faim en 2022, un chiffre sur l'insécurité alimentaire qui a presque doublé en deux ans.

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© Siegfried Poepperl

Au Brésil, 33,1 millions de personnes souffrent de la faim en 2022, soit 15,5 % des 214 millions d'habitants du pays, selon l'enquête publiée le 8 juin par le Réseau brésilien de recherche sur la souveraineté et la sécurité alimentaire et nutritionnelle (PENSSAN).

En deux ans, 14 millions de Brésiliens supplémentaires ont fortement souffert de la faim, doublant presque le nombre de personnes victimes d'insécurité alimentaire sévère en 2020 (9%), toujours d'après le rapport produit par le groupe de chercheurs et soutenu par des organisations telles qu'Oxfam Brésil. De plus, plus d'un Brésilien sur dix (12%) n'a pas d'accès régulier et permanent à l'eau potable.

Plus de la moitié des ménages brésiliens (59%), soit 125,2 millions de Brésiliens, vivent avec la perception d'un certain degré - léger, modéré ou sévère - d'insécurité alimentaire. C'est une augmentation de 7,2% par rapport à 2020, et de 60% par rapport à l'enquête de 2018.

L'enquête s'est basée sur des entretiens menés dans 12 745 ménages à travers le pays entre novembre 2021 et avril 2022.

Le réseau a adapté l'Échelle brésilienne d'insécurité alimentaire (EBIA), une échelle psychométrique utilisée par l'Institut brésilien des statistiques et composée de 14 questions qui évaluent la perception de la sécurité alimentaire et l'expérience de la faim au sein d'une population. Dans cette enquête, les réponses positives à huit questions, par exemple pour savoir si les personnes ont sauté des repas par manque d'argent pour acheter de la nourriture ou si elles ont peur de manquer de nourriture, donnent un score de 0 à 8. Des réponses positives à 1 à 3 questions correspondent à une insécurité alimentaire légère et des réponses positives à 6 à 8 questions correspondent à une insécurité alimentaire sévère.

Les résultats varient significativement des estimations données par le Programme alimentaire mondial selon lesquelles moins de 2,5% de la population brésilienne a souffert de sous-alimentation en 2017-19. Mais la quantité minimale de nourriture essentielle à une bonne santé et à la croissance est une approche indirecte pour évaluer la sécurité alimentaire, et différente d'un indice mesurant la perception de la faim.

De manière générale, les résultats de l'enquête montrent que 15,5% des ménages connaissent une insécurité alimentaire sévère, et 15,2% des ménages une insécurité alimentaire modérée. La précédente enquête réalisée en 2020 a montré que la faim au Brésil était revenue à des niveaux équivalents à ceux de 2004. Elle est désormais équivalente à celle des années 1990.

Les régions Nord (Norte) et Nord-Est (Nordeste) du Brésil connaissent une insécurité alimentaire tous degrés confondus nettement plus élevée, respectivement 71,6% et 68% des ménages, que la moyenne nationale (58,7%). La faim, ou l'insécurité alimentaire sévère, était un problème pour 25,7% des ménages dans le Nord, une région rurale dominée par la forêt amazonienne, et 21% des ménages dans le Nordeste, la région la plus pauvre du Brésil, alors qu'elle ne touchait que 9,9% des ménages dans la région beaucoup plus aisée du Sud (Sul).

Les femmes noires et les zones rurales sont plus touchées par l'insécurité alimentaire

De même, les zones rurales sont plus touchées par la faim. Et cela concerne même ceux qui produisent de la nourriture puisque 21,8% des petits producteurs et des exploitations agricoles familiales souffrent d'insécurité alimentaire sévère, eux qui ont été particulièrement touchés par la crise économique et la fin de politiques publiques destinées aux petits producteurs.

Pourtant, l'industrie agricole au Brésil a atteint des revenus records ces derniers temps. Mais les produits brésiliens sont destinés à l'export et ne sont pas nécessairement voués à la consommation humaine, comme c'est le cas des cultures de soja et de maïs qui ont bénéficié de prix plus élevés sur le marché mondial, tandis que le marché de consommation intérieur est fourni par les produits de petits exploitants qui sont devenus trop chers pour la population locale en raison de l'inflation.

Les zones urbaines ne sont pas non plus à l'abri de l'appauvrissement puisqu'une ville comme São Paulo, dans la région du Sud-Est, a vu sa population de sans-abri augmenter de plus de 30% en 2 ans.

La faim touche également davantage les femmes et les personnes de couleur.

Lorsque la personne de référence du ménage s'est définie comme blanche, 46,8% des foyers souffrent d'une forme d'insécurité alimentaire, tandis que 65% des ménages dirigés par une personne noire ou métisse vivent avec un certain degré de restriction alimentaire.

La faim, c'est-à-dire l'insécurité alimentaire sévère, touche 19,3% des ménages dont la personne de référence est une femme, contre 11,9% de ceux dont la personne de référence est un homme. Le réseau explique que cette différence est partiellement issue des écarts de rémunération entre les sexes.

Pour le PENSSAN, les raisons de la détérioration de la sécurité alimentaire au Brésil proviennent de la crise économique, la pandémie de COVID-19 et la réduction des politiques publiques qui favorisaient la réduction des inégalités sociales au sein de la population. "La pandémie survient dans ce contexte de pauvreté et de misère croissantes, et apporte encore plus de désarroi et de souffrance" selon Ana Maria Segall, épidémiologiste et chercheuse au réseau PENSSAN.

Le Brésil connaît des taux d'inflation élevés, les salaires augmentent moins vite que les prix, alors que, comme dans de nombreux pays d'Amérique latine, les revenus des ménages ont été durement touchés par la pandémie.

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